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Les prix de l’énergie ne vont pas baisser de si tôt

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Les instruments de régulation ont atteint leurs limites, et les capacités physiques sont au maximum. Le pire reste-t-il à venir ?

Une information CFNEWS INFRA

Le choc est sans précédent. La guerre Iran–États-Unis–Israël a provoqué la plus violente perturbation d’approvisionnement énergétique jamais enregistrée, selon le rapport du 14 avril 2026 de l’Agence internationale de l'énergie. En mars, près de 10 millions de barils par jour ont disparu du marché, soit l’équivalent de 10 % de la demande mondiale. Ni 1973, ni 1990, ni même la séquence de 2022 n’avaient atteint une telle intensité, et surtout, une telle concentration.

Tout se joue dans un point de passage. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement un cinquième des flux énergétiques maritimes mondiaux, est désormais doublement verrouillé. Au nord, le littoral iranien (de Bandar Abbas jusqu’à l’île de Qeshm et au détroit lui-même) est sous contrôle direct des Gardiens de la Révolution, qui disposent de bases navales, de missiles côtiers et de capacités d’interdiction asymétriques. Au sud et à l’est, les forces américaines sont déployées en profondeur depuis le golfe d’Oman jusqu’à l’entrée du détroit, avec un dispositif naval avancé positionné en mer d’Arabie et dans les eaux internationales, en appui de leurs bases dans la région (notamment à Bahreïn et aux Émirats). Entre ces deux lignes, le corridor de navigation est réduit à un espace étroit, sous surveillance permanente et exposé à une capacité d’escalade immédiate.

De l’anticipation au fait avéré

En mars, le marché fonctionnait encore par inertie : les cargaisons arrivaient, chargées avant l’escalade. Les prix incorporaient un risque. En avril, ce risque s’est matérialisé. Les chargements ont fortement ralenti, voire cessé sur plusieurs terminaux. Le marché n’est plus uniquement confronté à un choc de prix, mais à un choc de livrabilité. Certaines raffineries du Golfe réduisent leur cadence, non par manque de production, mais faute de débouchés logistiques. Les chaînes se désynchronisent. Le pétrole existe, mais ne circule plus.

Les annonces de Trump : un outil épuisé

Entre fin février et mi-avril 2026, Donald Trump a transformé son compte Truth Social en terminal Bloomberg. Chaque déclaration (menace de frappes, évocation d'une trêve, ultimatum sur Ormuz …) a provoqué des mouvements d’environ 10 % sur le Brent en quelques heures. Le 23 mars, un post présidentiel sur une suspension des frappes a fait chuter le baril de 14 % en une séance, avec près de 580 millions de dollars de contrats à terme échangés dans les deux minutes précédant l'annonce, à un volume huit fois supérieur à la normale. La SEC et la CFTC ont ouvert des enquêtes. La Maison Blanche a émis un mémo interne le 24 mars interdisant à son personnel d'utiliser des informations confidentielles à des fins de trading. Le mécanisme est désormais cassé. Les marchés ont appris à distinguer les annonces substantielles des signaux de bruit. Le 2 avril, Trump a promis des frappes « extrêmement dures » tout en n'offrant aucune feuille de route : le Brent est remonté de 6,7 % immédiatement. La prime de risque est désormais structurellement intégrée au prix, indépendamment des déclarations.

La libération des stocks stratégiques : 20 jours de flux normaux

Le 11 mars 2026, les 32 membres de l'AIE ont voté à l'unanimité pour libérer 400 millions de barils de pétrole. Il s’agit de la plus grande mobilisation coordonnée de l'histoire de l'institution, dépassant de 67 % le déstockage de 182 millions de barils opéré après l'invasion ukrainienne de 2022. Le Japon a annoncé 80 millions de barils, les États-Unis 172 millions, la France 14,5 millions. L'effet sur les marchés a été peu visible en termes de prix. Malgré l'annonce, le Brent progressait encore de 5,7 % le jour même. Plusieurs raisons structurelles expliquent cet échec relatif. D'abord, Emmanuel Macron l'a lui-même quantifié à l'ouverture du G7 : les 400 millions de barils représentent environ 20 jours de volumes exportés via Ormuz. Enfin, l'AIE avertit elle-même d'une déconnexion croissante entre les marchés à terme où le Brent reste pricé autour de 100 dollars, et la réalité physique, alors même qu’en avril, aucune nouvelle cargaison en provenance du Moyen-Orient n’a été chargée. Le prix tient encore, mais ne reflète déjà plus des flux réels. Les volumes libérés via les réserves stratégiques permettront de tenir quelques mois : trois à six au mieux. Au-delà, sans réouverture d’Ormuz, une question centrale s’impose : il faudra reconstituer ces stocks. 

Des options limitées

À court terme, les options sont limitées et déjà largement contraintes. Les États-Unis constituent le premier réservoir mobilisable. Leur production dépasse 13 Mb/j et leurs capacités d’export ont fortement augmenté ces dernières années. Mais le système est proche de saturation : terminaux du Golfe du Mexique, disponibilité des tankers, arbitrages politiques domestiques. Washington peut compenser à la marge, pas remplacer Ormuz, d’autant que le pays consomme près de 20 Mb/j et reste lui-même importateur net sur certains segments. Le deuxième relais se situe en Amérique latine, principalement au Brésil. La croissance y est réelle, mais les volumes restent insuffisants à l’échelle du choc : quelques centaines de milliers de barils par jour supplémentaires à court terme, pas des millions. L’Afrique de l’Ouest, avec le Nigeria et l’Angola, dispose de capacités, mais elles sont contraintes par des facteurs structurels : sous-investissement, instabilité opérationnelle, engagements contractuels existants.

La Russie dispose des volumes, mais pas de la flexibilité. Ses exportations sont déjà redirigées vers l’Asie via des circuits logistiques contraints, ce qui limite toute réallocation rapide. S’y ajoute un frein réglementaire et politique (sanctions, plafonnement des prix, contraintes d’assurance), qui empêche une réintégration fluide de ces barils dans le marché global.

Reste le Canada, la Norvège ou encore certains producteurs de la mer du Nord. Mais ces bassins sont matures, avec peu de capacité d’augmentation rapide. Ils peuvent stabiliser, pas inverser la tendance. Le marché est désormais pris en étau entre deux impératifs contradictoires : trouver des barils pour répondre à la demande immédiate, tout en reconstituant des stocks stratégiques entamés. Cette double tension, sur le présent comme sur l’avenir, installe une rareté durable, et c’est elle qui maintient les prix à un niveau d’autant plus élevé.

Les infrastructures de contournement : insuffisantes et menacées

La crise met à nu les limites des infrastructures de contournement. Elles amortissent marginalement le choc, sans le résoudre.

Le Petroline saoudien tourne à plein régime. Sur le papier, 7 Mb/j peuvent être redirigés vers la mer Rouge. En réalité, le verrou est à l’arrivée : Yanbu ne peut exporter qu’environ 5 Mb/j. Le surplus reste bloqué. À cela s’ajoute un risque sécuritaire élevé en mer Rouge et une rigidité contractuelle forte vers l’Asie. Résultat : une capacité théorique qui ne se traduit pas en flux livrables. Même logique côté émirati. Le pipeline Habshan–Fujairah permet d’éviter Ormuz, mais à une échelle limitée : 1,5 à 1,8 Mb/j au maximum, avec peu de marge disponible.

Surtout, Fujairah est désormais exposé, et une partie des exportations, notamment les produits raffinés, reste dépendante d’Ormuz. Le contournement est partiel. Quant au Port de Duqm, à Oman, il incarne une alternative crédible… mais uniquement à moyen terme. Les capacités portuaires et de stockage existent, mais il manque l’essentiel : des pipelines reliant directement les champs du Golfe à Duqm. Aujourd’hui, le pétrole doit encore contourner ou transiter par des routes exposées. Même le détour par le cap de Bonne-Espérance, souvent évoqué, reste une solution dégradée : il allonge les trajets de plusieurs semaines, mobilise davantage de flotte et renchérit fortement les coûts de transport.

Pour un décryptage complet des alternatives de contournement du détroit d’Ormuz, voir notre nouvelle émission L’Éco de L'Infra.

Les maîtres du jeu

Dernier facteur, décisif : l’assurance. Depuis le début de la crise, les primes de risque de guerre (war risk) sur les navires transitant à proximité d’Ormuz ont été multipliées en moyenne par 5, atteignant jusqu’à 1 % de la valeur du navire par voyage, contre quelques points de base en régime normal. Concrètement, cela représente un surcoût pouvant dépasser 1 à 2 millions de dollars par traversée pour un VLCC. À cela s’ajoutent des franchises plus élevées, des exclusions de couverture et, dans certains cas, un retrait pur et simple des assureurs. Le double verrouillage du détroit, complexifie encore la situation : le risque n’est plus unilatéral mais bilatéral, ce qui constitue une configuration inédite pour les assureurs. Résultat : même lorsque des routes restent ouvertes, leur coût devient prohibitif, voire leur exploitation impossible. À cela s’ajoute un mécanisme plus informel : un péage de facto imposé par le régime iranien. Certains navires sont parvenus à transiter via des arrangements tacites. Avant le double blocage, le passage était possible, mais à un coût supplémentaire intégré comme une véritable taxe géopolitique.  Ces contraintes se diffusent directement dans les prix de l’énergie et prolongent la tension bien au-delà du seul blocage physique.