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Et si Trump avait bel et bien gagné ses guerres ?

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Pendant que diplomates et militaires débattent de l'issue du conflit avec l'Iran, les marchés, eux, sont déjà passés au chapitre suivant...

Une information CFNEWS INFRA

Le président des Etats-Unis affirme avoir gagné la guerre. Une partie des experts lui répond qu'il a surtout offert une seconde jeunesse géopolitique, au régime iranien. Comme souvent, chacun choisit son indicateur.

Les diplomates regardent les rapports de force. Les militaires évaluent les capacités de nuisance. Les investisseurs, eux, scrutent les opportunités qui émergent. À cette aune, Trump n'a peut-être pas tout à fait tort. Sa victoire, si victoire il y a, ne se mesurerait ni à un drapeau planté sur une capitale, ni à une reddition de Téhéran. Elle se mesurerait à la capacité de transformer une guerre en pipeline d'investissements. Après tout, Donald Trump est peut-être le seul président américain capable de regarder un conflit et de commencer par en calculer le TRI.

Un marché à débloquer ?

Depuis l’annonce d’un accord initial entre Washington et Téhéran, les investisseurs testent l’hypothèse d’un Iran redevenu investissable. Rappelons-le, il s'agit de l’un des derniers grands marchés semi-fermés du capitalisme mondial : près de 90 millions d’habitants, les deuxièmes réserves mondiales de gaz, les quatrièmes réserves de pétrole, un appareil industriel sous-investi, des réseaux électriques vieillissants, des besoins massifs en ports, raffineries, logistique, eau, transport urbain, télécoms et infrastructures énergétiques. Autrement dit : le rêve d'un banquier d’affaires.

Le projet évoqué par l'exécutif américain, dans le cadre de l'accord en 14 points avec Téhéran, d'un véhicule d'investissement pouvant atteindre 300 Md$, destiné à accompagner la relance de l'économie iranienne, illustre déjà ce changement de perspective. Même si son architecture, son financement et sa mise en œuvre restent largement incertains, l'idée seule suffit à remettre ce pays sous sanctions sur les radars. Selon plusieurs sources proches du dossier, des fonds souverains du Golfe, des majors de l'énergie, des développeurs d'infrastructures, des opérateurs portuaires, des groupes industriels, des fonds infrastructure et des banques de développement coréens, japonais, singapouriens et malaisiens suivent déjà le dossier avec attention. Leur logique est froide. Si l’Iran reste une menace, il faut le contenir. S’il devient un marché rouvert, il faut être dans le premier tour de table. Le risque, évidemment, reste immense. L’accord peut échouer. Les sanctions peuvent revenir. Le régime iranien peut utiliser l’ouverture économique sans rien céder... Mais le changement de paradigme est historiquement notable.

Conflit d'intérêt ?

Si Donald Trump a réussi son pari, il pourra revendiquer une victoire d'un genre nouveau, très personnelle, presque transactionnelle : celle d'avoir transformé l'Iran d'un actif toxique en actif spéculatif. Il ne s'agirait pas d'imposer une paix durable. Trump n'a jamais eu la patience des architectes. Il s'agirait plutôt de réduire suffisamment le risque pour que le capital recommence à faire ses calculs.

Les flux financiers ne demandent pas la paix éternelle. Ils réclament un point d'entrée, un rendement suffisamment élevé pour justifier le risque, et une protection politique minimale. C'est précisément le rôle que Washington semble vouloir endosser : sécuriser le premier tour de table. Le précédent vénézuélien nourrit d'ailleurs le débat. Après l'assouplissement des sanctions et l'ouverture progressive de l'économie, plusieurs véhicules d'investissement se sont rapidement constitués pour capter les actifs redevenus accessibles. L'un d'eux, porté par Yorkville Advisors, prévoit de lever 200 M$ via un SPAC afin d'acquérir une entreprise au Venezuela. Rien d'illégal n'est établi. Mais le calendrier interroge. D'autant que Yorkville entretient des liens d'affaires étroits avec l'écosystème Trump. Le groupe a accompagné Trump Media & Technology Group dans une levée de 2,5 Md$ destinée à financer une stratégie Bitcoin, lancé plusieurs ETF estampillés « America First » et partage certains dirigeants avec des véhicules soutenus par Eric Trump et Donald Trump Jr, les fils du président de la première puissance mondiale. Ces liens font aujourd'hui l'objet d'une enquête du sénateur démocrate Ron Wyden, qui s'interroge sur d'éventuels conflits d'intérêts.

Délit d'initié ?

L'autre enjeu, plus explosif, tient à la valeur financière de l'information politique. Dans une séquence où une simple déclaration présidentielle peut faire varier le prix du pétrole de plusieurs dollars par baril, la frontière entre décision publique, avantage informationnel et opportunité de marché devient dangereusement ténue. Chaque annonce de la Maison-Blanche, chaque rumeur de cessez-le-feu, chaque menace sur le détroit d'Ormuz s'est immédiatement répercutée sur les positions pétrolières, les contrats à terme (futures), les ETF spécialisés dans l'énergie, les majors, les sociétés de services pétroliers, les opérateurs de transport maritime ou encore les groupes susceptibles de bénéficier d'une éventuelle reconstruction. Des élus démocrates ont demandé aux régulateurs américains d'examiner des mouvements de marché jugés suspects avant plusieurs annonces majeures de l'administration Trump concernant l'Iran. Le Wall Street Journal a également révélé qu'une série d'opérations inhabituelles, portant sur plusieurs centaines de millions de dollars, faisait l'objet d'un examen par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). Si, aujourd'hui,  une implication directe de Donald Trump et de ses proches n'est pas établie,  le mécanisme, lui, est bien connu des marchés.