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À Évian, le G7 a admis ce qu'il refusait encore de voir

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Le G7 d'Évian s'est achevé sur ce que les diplomates appellent un succès et les analystes une prise de conscience. La nuance est importante. Retour sur ce qui s'est vraiment joué...

Une information CFNEWS INFRA

Le sommet du G7 d'Évian s'est achevé sur une note d'unité inattendue. Emmanuel Macron a salué un « moment Évian » avec la satisfaction du chirurgien qui annonce une opération réussie, sans préciser que le patient avait quand même perdu un rein. Ce cadrage, compréhensible politiquement, mérite d'être corrigé intellectuellement. Car ce qui s'est vraiment joué entre le lac Léman et les communiqués sur les minerais critiques, n'est ni la rédemption atlantiste de Donald Trump, ni la solidité retrouvée du multilatéralisme occidental. C'est quelque chose de plus profond, et d'assez inconfortable : la reconnaissance collective, formulée pour la première fois avec clarté, que l'économie mondiale n'a jamais réussi à se défaire de la géographie. Que trente ans d'optimisme libéral sur la mondialisation étaient, pour une part décisive, une illusion bien entretenue. 

La géopolitique n'est jamais partie

Parce que la mondialisation n'a pas supprimé les rapports de force. Elle les a rendus moins visibles et plus profonds. Avec la géopolitique qui a colonisé des espaces que les économistes avaient déclarés neutres : les chaînes d'approvisionnement, les standards technologiques, les protocoles de communication, les architectures financières...

Emmanuel Macron, Président de la République

Emmanuel Macron, Président de la République

Albert Hirschman l'avait écrit dès 1945, dans National Power and the Structure of Foreign Trade : le commerce crée de l'influence précisément parce qu'il crée de l'accoutumance. Ses lecteurs étaient rares. Ses disciples siègent aujourd'hui à Pékin. Le passage de l'interdépendance à la dépendance s'opère sans décision politique explicite, par accumulation de choix individuellement rationnels : sous-traiter le raffinage au moins-disant, emprunter la route la plus courte, financer les infrastructures là où le capital est disponible. Chaque arbitrage est défendable. La somme est stratégiquement désastreuse (!) Le G7 d'Évian a au moins acté la volonté de rebrousser chemin. Mais l'ironie est cruelle : pour reconquérir leur souveraineté sur les chaînes de valeur, les États occidentaux ont besoin d'infrastructures : mines, raffineries, ports, réseaux électriques... dont la construction prend quinze ans, suppose des capitaux considérables, et se heurte à des résistances environnementales que les années 1960 n'avaient pas à gérer. On décide en un sommet ce qu'on aurait dû construire, ou au moins ne pas détruire, en une génération.

Les puissances de connexion

Cette année, la France a associé à Évian des pays partenaires, notamment l'Inde, le Kenya, la Corée du Sud, le Brésil, et l'Égypte, en estimant que les grands défis contemporains ne peuvent se résoudre qu'ensemble. Cette méthode dite « inédite » révèle en creux une réalité que le format G7 commence à intégrer : les acteurs qui comptent désormais ne sont pas uniquement les membres fondateurs de ce club né à Rambouillet. Ce ne sont pas des superpuissances en devenir, ce sont des pivots : des États qui ont su se rendre nécessaires à plusieurs blocs rivaux simultanément, sans s'aligner sur aucun. Riyad exporte vers la Chine, finance des infrastructures africaines en dollars et achète des armements américains dans la même semaine. Ankara maintient des routes commerciales avec Moscou tout en siégeant à l'OTAN. New Delhi achète du pétrole russe sanctionné à prix décoté tout en recevant des Rafale. Ce monde n'est pas (plus ?) multipolaire au sens classique du terme. Il est réticulaire. La valeur s'y concentre aux nœuds d'intersection. Les grandes puissances peuvent énoncer les règles ; ce sont les puissances de connexion qui décident par où passent les flux. Dans une économie mondiale dont les artères sont physiques, détroits, corridors, câbles, réseaux électriques, cette capacité vaut souvent plus que (tout) le reste. Le jeu dangereux de l'Iran avec le détroit d'Ormuz en est la parfaite illustration.

Un jeu dangereux

Pour rappel, ou pour ceux qui vivent dans une grotte : le 28 février 2026, au lendemain des frappes américano-israéliennes sur ses sites nucléaires, Téhéran n'a pas répondu par une contre-offensive militaire classique. Il a fermé un tuyau. Le trafic maritime dans le détroit est passé de 130 navires par jour à six. Les marchés ont répondu dans l'heure : le Brent a franchi les 100 dollars pour la première fois depuis l'invasion russe de l'Ukraine. Les primes d'assurance maritime ont rendu le passage économiquement intenable. En mai, un courriel de l'« Autorité du détroit du Golfe Persique » formalisait les règles du jeu : paiement en rial iranien, garanties dans des banques iraniennes, remboursement préalable des « dommages de guerre » pour les pays ayant sanctionné Téhéran et, le diable étant dans les détails, obligation d'écrire « Golfe Persique » sur tous les documents de bord. Aujourd'hui, l'accord signé par les deux parties prenantes rouvre le passage, mais ne transfère pas la propriété du détroit. Téhéran se réserve explicitement le droit de remettre en place des frais de transit à l'issue des soixante jours de négociation, transformant un cessez-le-feu en option d'achat sur la prochaine crise. C'est, techniquement, ce que les financiers appelleraient une position longue sur sa propre géographie. Les banquiers d'affaires ont un mot pour ce type d'actif : irremplaçable. Les stratèges en ont un autre : incontournable. Les deux désignent la même réalité, celle qu'Évian a finalement eu le mérite de formuler à voix haute, avec le retard caractéristique des institutions multilatérales face aux évidences dérangeantes. 

Une clarté bienvenue

Dans l'économie actuelle, celui qui contrôle le passage fixe les conditions du commerce. Celui qui contrôle le nœud dicte les termes du réseau. Celui qui tient les infrastructures critiques n'a pas besoin de siéger auprès d'un Conseil de sécurité pour peser sur les décisions qui s'y prennent. Le véritable héritage d'Évian, celui que les historiens retiendront dans vingt ans, n'est pas le ralliement de Trump sur l'Ukraine, ni l'accord irano-américain. C'est la codification, dans neuf déclarations communes, d'une compréhension enfin formulée : les actifs stratégiques du XXIe siècle sont les ports en eaux profondes, les raffineries de minerais critiques, les câbles sous-marins, les corridors logistiques, les interconnexions électriques. Le réseau, plus que la force.

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