
Le groupe français et le champion émirien des énergies propres s’apprêtent à mutualiser leurs actifs onshore dans neuf pays asiatiques au sein d’une joint-venture valorisée 2,2 Md$. Au-delà du périmètre industriel, l’opération marque un basculement vers un marché des renouvelables qui s’organise désormais autour de plateformes régionales capitalisées, plutôt que de portefeuilles fragmentés.
Une consolidation par apport d’actifs existants
La JV détenue à parité regroupera l’ensemble de leurs activités renouvelables onshore dans neuf juridictions : Azerbaïdjan, Indonésie, Japon, Kazakhstan, Malaisie, Philippines, Singapour, Corée du Sud et Ouzbékistan. Le montage repose sur un principe simple, chaque partenaire apporte des actifs de valeur équivalente, ce qui permet d’éviter un déboursement immédiat en numéraire. La plateforme ainsi constituée totalisera environ 3 GW de capacité opérationnelle et 6 GW de projets en développement avancé, avec un objectif de mise en service d’ici 2030. Elle sera basée à Abu Dhabi Global Market (ADGM) et comptera environ 200 collaborateurs.
Masdar accélère son déploiement mondial
Pour TotalEnergies, cette structuration s’inscrit dans une stratégie plus large de discipline capitalistique : le groupe a investi 17,1 Md$ en 2025, dont environ 3,5 Md$ dans les énergies bas carbone et près de 3 Md$ dans l’électricité, tout en affichant une volonté de rationaliser son exposition dans certains marchés non prioritaires. Du côté de Masdar, détenu par TAQA, ADNOC et Mubadala, cette plateforme constitue un levier d’accélération dans des marchés à forte croissance, et lui permet de renforcer sa présence dans des géographies intermédiaires, sans multiplier les implantations locales, tout en s’adossant à l’expertise opérationnelle d’un major intégré. Le groupe émirien revendique un portefeuille de 65 GW début 2026, pour un objectif de 100 GW d’ici 2030, avec plus de 45 Md$ déjà investis et 30 à 35 Md$ supplémentaires prévus sur la décennie.
L’Asie, moteur structurel de la demande électrique
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande d’électricité en Asie du Sud-Est a progressé de plus de 7 % en 2024 et devrait doubler d’ici 2050. Cette dynamique, tirée par l’industrialisation, l’urbanisation et la montée des usages numériques, impose le déploiement rapide de capacités électriques domestiques, compétitives et décarbonées. Sans oublier le contexte actuel de tensions au Moyen-Orient, la sécurité énergétique redevient centrale pour l’Asie, qui concentre près de 75 % des importations mondiales de pétrole et dépend, pour certaines économies, à plus de 80 % du brut en provenance du Golfe. Dans ce cadre, réduire la dépendance aux importations et relocaliser la production électrique devient stratégique. L’intégration du stockage batterie dans la joint-venture répond à cet enjeu : sécuriser une électricité pilotable, moins exposée aux chocs externes.








